La Dame aux camélias (Camille) - Ray C. Smallwood (1921)

Camille, réalisé par Ray C. Smallwood, est une version de L'enfant de la dame aux camélias d'Alexandre Dumas qui intrigue davantage pour le réseau de relations "star" qui l'entoure que pour le contenu du film lui-même. Alla Nazimova, diva légendaire, en est également la productrice. À ses côtés, se trouve le légendaire Rodolfo Valentino, qui, après 10 ans, fait enfin son apparition dans E Muto Fu. À la conception des décors, on trouve Natacha Rambova, qui épousera bientôt Rudolph pour quelques années.

Le film est une histoire de fils entrelacés qui donne vie aux personnages et le rend aussi attrayant que possible pour le public. Marguerite Gautier (Alla Namova) souffre de consomption et fait de son mieux pour vivre une vie heureuse et épanouie. Arthur Hoyt, le comte de Varville, lui garantit une existence dissolue. La situation est sur le point de changer rapidement : Armand Duval (Rodolfo Valentineo), un garçon de province, est présenté à Marguerite par Gaston (Rex Cherryman). Il tombe immédiatement follement amoureux d'elle et cet amour pur et désintéressé pousse la jeune fille à mettre fin à sa vie de fête pour aller vivre avec lui. Mais cela ne durera pas : Le père d'Armand (Guillaume Orlamond) demande à Marguerite de quitter son fils, car le nom de la "Dame aux camélias" empêche le mariage de sa fille et pourrait compromettre son avenir à lui aussi. Détruite, mais déterminée à bien faire pour la personne qu'elle aime, Marguerite accepte. Après que ses biens lui aient été retirés, Gaston et Patsy Ruth Miller (son amie) la renieront et mettront fin à sa vie. Elle tient également le livre de Manon Lescot qu'Armand lui a offert. L'aveu du père Duval de ce qui s'est réellement passé ne permettra pas au jeune Armand d'arriver avant sa mort.

Il y a des choses qui sont frappantes dans ce film et ce n'est pas l'intrigue, maintenant connue, mais plutôt le jeu des acteurs. Dans son interprétation, on passe d'une Nazimova fluide et expressive à un Rodolfo Valentino monolithique. Bien que je ne connaisse pas assez Valentino pour dire si c'était une demande du metteur en scène ou si c'est une performance commune, il y a des limites objectives dans son interprétation. Il est complètement inexpressif. Même lorsque le visage devrait être rempli de colère, il n'y a qu'un léger rictus qui semble exprimer le bonheur. Il passe la première moitié du film à fixer Marguerite, presque immobile et stupéfait. Ceci, comme on l'a dit, se heurte terriblement à l'intensité, peut-être presque excessive, de l'interprétation de Nazimova qui parvient à faire de sa Marguerite un personnage extrêmement vivant dans ses tourments dus d'une part à la recherche d'un bonheur qu'elle ne pourra jamais atteindre et d'autre part au désir de vivre légèrement et excessivement le peu de vie qui lui reste, ne serait-ce que pour ne pas trop y penser. Se demander, si on ne les a pas déjà vécues, ce que l'on aimerait faire en sachant qu'il ne nous reste potentiellement que peu de temps à vivre fait apparaître des nuances plus profondes de l'histoire : vivriez-vous à côté d'une personne que vous aimez en sachant que votre bref bonheur pourrait conduire à une vie de souffrance ? Vous abandonneriez-vous à une luxure débridée, sachant que dans votre jouissance, vos craintes de la mort se noieraient ?

Mais un autre aspect émerge avec force et c'est le soin des costumes et des scénographies proches de l'Art Nouveau et de l'Art Déco qui aurait eu son apogée dans l'exposition de Paris de 1925 dont le style prendra le nom. Ces images montrent un petit échantillon du soin scénographique que je prends au sérieux. Camille est, en résumé, un film à analyser de plusieurs points de vue qui se cache derrière une pauvreté narrative d'une complexité que l'on n'attendrait pas d'un film conçu pour les masses. Cette étrange combinaison se traduira par des critiques négatives de la part des critiques, et un succès modeste au box-office. Le film verra Nazimova entamer son déclin cinématographique, tandis que Valentino connaîtra bientôt un grand succès.